“Une séparation” (“Jodaeiye Nader az Simin”)

Les drames familiaux sont souvent matière à film, mais rare sont ceux prenant une structure narrative hitchcockienne, atypique pour ce genre d’histoire. Heureusement pour nous tous, ça fonctionne à merveille! C’est ce qui fait qu’on se souviendra longtemps de “Une séparation”, destiné à être un classique.

Il est à noter que ce film iranien a remporté l’Oscar du Meilleur Film Étranger aux Oscars dimanche dernier, une belle dernière récompense après une année remplie de trophées et d’accolades depuis sa première mondiale au Festival du film de Berlin en février 2011!

Pour revenir à l’histoire, “Une séparation” nous présente un couple marié depuis 14 ans, ayant une fille adolescente. Le couple a la chance de quitter l’Iran grâce à des visas qu’ils ont travaillé corps et âme à avoir, mais Nader, le mari, ne veut plus partir car il veut s’occuper de son père qui souffre d’Alzheimer. L’épouse, Simin, n’est pas d’accord mais ne peut quitter l’Iran avec leur fille sans que son mari ne vient avec eux, voici pourquoi il y a séparation. Cet élément déclencheur créé plusieurs situations dramatiques réalistes et souvent crève-cœur.

Simin (Leila Hatami) et Nader (Peyman Moadi)

J’ai mentionné plus tôt que la structure narrative rappelait les films d’Alfred Hitchcock. Le point tournant du film est lorsque Nader et sa fille arrivent plus tôt à la maison une journée de semaine. L’aide-soignante embauchée pour s’occuper du père de Nader, Razieh, n’est pas dans l’appartement; le père de Nader est par terre, attaché à son lit par une ceinture autour de son poignet. Nader est furieux. Avant que Razieh revienne, Nader découvre qu’il manque de l’argent dans sa chambre, le montant exact de la paye de Razieh. Lorsque Razieh revient à l’appartement, Nader et elle ont une grosse chicane, qui culmine en un acte de violence envers Razieh. Les séquelles de cette chicane sont vécues par tous les protagonistes du film. Qui dit vrai? Est-ce que Razieh a volé de l’argent? Pourquoi Nader a-t-il poussé Razieh au bas des escaliers (SPOILER) sachant qu’elle est enceinte? L’a-t-il vraiment poussé? Savait-il qu’elle était enceinte? Nous découvrons de plus en plus de détails sur ce qui s’est réellement passé tout au long du film. C’est un véritable plaisir de se laisser aller et de se laisser surprendre par le fil des événements, tel un film de Hitchcock. Je me retiens pour ne pas révéler plus car je ne veux pas gâcher le film pour vous.

Une des choses les plus intéressantes du film est de constater les différences culturelles. À titre d’exemple, Razieh constate que le père de Nader s’est souillé. Au lieu de s’empresser à le changer, elle fait un appel pour savoir si ce serait un pêché qu’une femme donne un bain et change les vêtements d’un homme. Après quelques minutes au téléphone ou elle explique le contexte et la maladie du père de Nader, la personne à l’autre bout du fil confirme que l’aide-soignante peut offrir de l’aide. C’est un petit détail du film, mais quelque chose qui marque un occidental. Même chose pour la séparation entre Simin et Nader, ce qu’on comprend du film est qu’il est inhabituel de se séparer dans la culture iranienne, à moins de violence conjugale. Le juge du film ne veut pas ordonner de divorce sur cette base. Intéressant…

Une autre force du film est que tous peuvent se retrouver dans les personnages du film car ils ne sont pas catégorisés « bons » ou « méchants ». Il y a tellement de zones grises que je ne pouvais prendre partie pour une personne ou une autre. Leurs raisonnements et motivations étaient compréhensibles. Ça me rappelait beaucoup « Hable con ella » de Pedro Almodovar, à ce niveau-là.

Mais ce qui marque le plus dans ce film, ce sont les conséquences de la séparation sur la fille de Simin et Razieh, Termeh. Les parents de Termeh ont tous des raisons valables pour rester ou quitter le pays, mais il est clair que les tensions et le bagage des parents affecte énormément Termeh. La dernière scène en dit tellement en peu de mots. C’est d’une grande tristesse…

Termeh (Sarina Farhadi)

LE MOT DE LA FIN: Sans contredit, ÇA VAUT LE PLEIN PRIX! Un grand film: dur, cru, réaliste et auquel nous pouvons tous nous retrouver. Et je n’ai même pas remarqué que je lisais des sous-titres tellement j’étais absorbée par l’histoire!

DERNIERS DÉTAILS: “Une séparation” (2011) réalisé par Asghar Farhadi, scénarisé par Asghar Farhadi, mettant en vedette Peyman Moadi, Leila Hatami, Sareh Bayat, Shahab Hosseini et Sarina Farhadi.

6 thoughts on ““Une séparation” (“Jodaeiye Nader az Simin”)

  1. Une déception!
    j’avais trop d’attente!
    je l’ai vu hier!
    Oui je suis de ton avis…la sitaution et dramatique…les conséquences tragiques pour tous!
    personne n’en ressort indemne…seulement …je voulais plus .. je ne sais pas quoi d’ailleurs mais le film ne me l’a pas donné! il est bien voilà tout sans plus mais vraiment pas😦
    Une déception…
    Un point qui n’a pas aidé…je l’ai vu en version francaise et le doublage était moyen…à éviter ça😉

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    • Ah non! Dommage que tu as été déçue😦 Ça m’arrive aussi quand j’ai trop d’attentes…😦
      J’ai tellement aimé! Le rythme, l’ambiance, le scénario, les acteurs: j’ai tout aimé et je suis contente que ça a gagné l’Oscar du Meilleur Film Étranger! En tout cas…
      Je suis étonnée qu’il y avait une version doublée! D’habitude les films étrangers sont sous-titrés mais pas doublés. Était-ce au Cineplex Boucherville?
      Je ne suis pas fan non plus des doublages… mais dans le cas de “Goon”, ça marche!! Mais c’est au tout autre genre de film!! Haha!🙂

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    • Oui, je comprends! L’avantage pour un film de recevoir nombreux prix et accolades est qu’il y a un plus un grand intérêt du public envers le film… mais ça peut aussi augmenter les attentes et donc fausser la perception, comme tu le dis. Donc oui, je te comprends!

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    • J’ai vu que même l’Ex-Centris avait une version doublée. Je suis vraiment étonnée de ça, je ne me souviens pas de la dernière où un film étranger (car on s’entend que les films américains ne sont pas étrangers) a été présenté en version doublée au Québec. En tout cas, j’ai bien apprécié le voir avec sous-titres!

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