“L’arche russe” (“Rousski kovtcheg”)

J’ai toujours eu une fascination pour les plans séquence de longue durée, aussi nommés plans uniques. Ces plans peuvent durer plusieurs minutes sans montage ni plans entrecoupés et donnent une impression de temps réel dans un film. Ce qui me fascine de ce type de plans est tout le travail qui doit être mis derrière cela. J’aime imaginer toute la préparation qui est impliquée derrière ce seul plan, pour que cela paraisse fluide et naturel. Mon côté organisatrice se dévoile ici😉

Je dis “fascination” et non “obsession”. Conséquemment, je ne me suis pas gavée de films de Hitchcock ou autres cinéastes connus pour leurs plans séquences, malheureusement pour moi; c’est plutôt une fascination circonstancielle qui est nourrie par hasard dans un film que je me trouve à visionner. Un réalisateur qui m’a surtout marquée pour ce type de plans est Joe Wright. Dans ces films “Pride and Prejudice” et plus particulièrement “Atonement”, Wright avait un plan séquence d’environ six minutes qui me fascinait pour son souci du détail. Le plan séquence de “Atonement” restera toujours gravé dans ma mémoire; le personnage de James McAvoy, soldat britannique de la Deuxième Guerre Mondiale, arrive sur la plage de Normandie. Avec McAvoy, nous découvrons la folie, le désordre, l’excitation, le chaos de cette fin de guerre. Tout comme McAvoy, nous sommes épris de tristesse mélangée avec de la joie pour tous ces soldats qui pourront finalement retourner chez eux mais aussi vivre avec les séquelles de cette terrible guerre…
Pour revenir à “L’arche russe”, je lisais en 2002 un article intéressant sur ce petit film russe tourné en un seul plan séquence de 96 minutes. J’étais fascinée par cet ambitieux projet et je désirais réellement aller voir le film. Malheureusement, j’étais à la fin de mes études de Baccalauréat et le temps me manquait énormément. Par le temps que j’ai pu sortir ma tête de mes travaux et examens, le film avait disparu des salles obscures. À l’époque, je n’aimais pas trop regarder les films à la maison, trouvant que la salle de cinéma était un lieu beaucoup plus optimal pour présenter un film, je ne l’ai donc pas loué. J’ai toujours ce point de vue ridiculement prétentieux, mais les circonstances de la vie, notamment la venue d’un enfant, font en sorte que je ne puisse aller au cinéma aussi souvent que par le passé. Mais c’est tant mieux, car je découvre finalement des films que j’avais mis de côté sans raison valable et dix ans plus tard, je vois finalement “L’arche russe”!

Ce film se passe uniquement dans le célèbre Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg; le narrateur, invisible à nous et aux gens du musée, accompagne l’écrivain français Astolphe de Custine, célèbre pour avoir écrit La Russie en 1839, un ouvrage cinglant qui fit découvrir la Russie aux européens pour qui ce pays était largement méconnu. Le narrateur et de Custine nous font voyager à travers 300 ans d’histoire russe à l’intérieur des murs du musée.

Astolphe de Custine (Sergei Dreiden)

Il est certain que l’aspect le plus fascinant du film est le plan séquence de 96 minutes. J’étais émerveillée par la fluidité de l’image, le nombre d’acteurs dans chaque scène et les difficultés techniques que tout ceci requiert, malgré une caméra chambranlante et un son qui laissaient à désirer. Il ne faut pas s’attendre à un son de qualité et une image fixe constante, comme c’est le cas de tous les autres films. Pour que nous puissions autant voyager dans le Musée de l’Ermitage, ces sacrifices de qualité étaient nécessaires et on s’y habitue. J’en étais un peu dérangée au début du film, mais j’ai pu me laisser emporter par l’histoire et la beauté du musée après une quinzaine de minutes. L’Ermitage me fit rappeler le Musée national de Hongrie à Budapest, pour son style et ses salles de montre des oeuvres d’art, ainsi que le Palais Schonbrunn à Vienne, pour son côté impérial et ses salles de réception. Je n’ai pas encore eu la chance de visiter la Russie, mais j’ai eu l’impression d’y voyager pendant plus de quatre-vingt dix minutes, en plus de revivre un merveilleux voyage en Europe de l’est d’il y a quelques années.  

Si mes connaissances en histoire russe avaient été plus approfondies, j’aurai peut-être davantage accroché sur l’histoire constamment changeante du film. Heureusement que le documentaire “making-of” du film faisait partie du DVD. Je vous le recommande non seulement pour mieux comprendre le contexte historique du film mais aussi pour en apprendre davantage sur les techniques utilisées et le travail derrière la réalisation d’un tel film. Mais ce manque de connaissances de ma part n’a pas nuit à mon expérience du film, je crois que mon niveau d’émerveillement ne pouvait qu’être plus élevé ce qui me permit d’embarquer plus facilement dans ce voyage dans le temps. 

LE MOT DE LA FIN: Tel un tableau qui nous émeut, “L’arche russe” est peinturée avec passion et détails qui ne peuvent être tous dénotés au premier visionnement. C’est un merveilleux voyage dans le temps et dans le Musée de l’Ermitage. À défaut de vous permettre un voyage à Saint-Pétersbourg, ce film peut panser votre plaie agréablement de façon temporaire. Verdict? LOUEZ LE TOUT DE SUITE… et même une deuxième fois, ce que je compte faire éventuellement!    
DERNIERS DÉTAILS: “L’arche russe” (2002) réalisé par Aleksandr Sokurov, scénarisé par Anatoli Nikiforov, Boris Khaimsky, Svetlana Proskurina et Aleksandr Sokurov, mettant en vedette Sergei Dreiden et Mariya Kuznetsova. 

4 thoughts on ““L’arche russe” (“Rousski kovtcheg”)

  1. Il fut un époque où je ne louait aucun film, j’achetais les DVD comme un sans esprit. L’arche russe tomba sous le joug de mon avarice. Je regarda 5 minutes du film. Je le mis de côté malgré mon amour sans borne pour tout ce qui est russe. Il prit poussière sur les étagères de mon appartement de célibataire. Ce n’est qu’un an plus tard que je retrouvai le DVD sous une pile de films endormis. J’ai littéralement soucombé sous le charme au second visionnement. J’ai finalement été un ambassadeur de ce film, prêtant le DVD à toutes mes connaissances. Pas un seul, je dis bien pas un SEUL, de ceux-ci en furent déçu ! Une véritable oeuvre d’art dans toute sa splendeur.

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    • Merci pour votre commentaire Monsieur Morin, mais surtout d’avoir choisi de partager l’histoire de votre attachement pour “L’arche russe”. J’apprécie entendre, ou dans ce cas-ci lire, les histoires des gens par rapport aux films qui les ont marqués, tout comme vous le faites si bien envers les livres sur votre blogue.

      Depuis que je l’ai vu, j’encourage les gens autour de moi à le visionner. C’est un beau film que je pense tous peuvent apprécier; c’est accessible tout en étant une oeuvre unique! Ce n’est pas rien d’arriver à combiner les deux! Je crois même que je l’apprécierai davantage lors d’un deuxième visionnement… peut-être dans quelques mois, question de me donner un peu de recul face au film.

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  2. Vu et adoré ce film. Par contre, faut que je me procure le making-of, ça me ferait le plus grand bien (presque plus pour l’histoire russe que pour la technique qui, vous le soulignez bien, est un extraordinaire tour de force).

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    • Effectivement, le making-of était aussi pour moi une leçon d’histoire russe me permettant de mieux comprendre et apprécier l’histoire du film! Pour ce qui est de se le procurer, suffit d’avoir le DVD car il est inclut avec celui-ci.

      Merci du commentaire, vous me rappelez que je serais peut-être dû pour revoir ce chef d’oeuvre!

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