“Hunger”

J’ai découvert le réalisateur Steve McQueen par son deuxième long-métrage, “Shame”. Même si la prestation de Michael Fassbender a principalement été discutée dans divers médias, dont ce blogue, la vision de McQueen est ce qui soutient la lourde histoire de ce film. “Hunger”, drame biographique et premier long-métrage de McQueen, est tout aussi lourd quoique dans un genre différent et esthétiquement plus intéressant. Même si Fassbender, encore une fois en vedette ici, rayonne dans le rôle principal, c’est la caméra de McQueen qui se démarque, racontant principalement par l’image cette page d’histoire de l’Irlande du Nord. Il faut dire que McQueen a une formation en beaux arts, ce qui paraît énormément dans son style de réalisation.

“Hunger” se concentre sur les dernières semaines de la vie de Bobby Sands (Fassbender), républicain irlandais et membre de l’IRA (armée républicaine irlandaise), alors qu’il était emprisonné dans la prison de Maze en Irlande du Nord pour possession d’armes à feux ayant été utilisé dans une fusillade mortelle. Sands voulait une reconnaissance des prisonniers de la IRA comme étant des prisonniers politiques, statut que le gouvernement de Margaret Thatcher n’a jamais voulu décrété pour cause de la violence de la IRA qu’elle ne voyait pas comme étant justifiable. Pour faire valoir sa cause, Sands entame une grève de la faim duquel il mourut 66 jours après son début. Je tiens à souligner que Fassbender, déjà de physique svelte, perdit 40 livres pour interpréter Sands de façon réaliste; il en était épeurant.

Ce qui est intéressant dans ce film est la façon que l’histoire est racontée. Les films historiques se concentrent habituellement à présenter le plus grand nombre de faits possibles, mais ce n’est pas le cas de “Hunger”. McQueen choisit plutôt de se concentrer sur les prisonniers de Maze, principalement Sands, sur un court lapse de temps, sans que nous ayons beaucoup d’informations sur les émeutes ou les violences sévissant en dehors des murs de la prison. J’ai apprécié ce choix rafraîchissant; nombre de films veulent trop raconter, trop montrer de personnages, l’histoire s’embrouillant dans le tout. “Hunger” reste fidèle à son titre, racontant cette grève de la faim, sans que nous en restions sur notre faim ;) 

Bobby Sands (Michael Fassbender)

La caméra de McQueen présente l’environnement de la prison dans les moindres détails, nous permettant de mieux comprendre l’horrible contexte et les conditions insalubres dans lequel les prisonniers de la IRA se trouvaient. “Une image vaut mille mots,” dit le dicton, et je sens que McQueen y adhère pour le meilleur et pour le pire car l’interprétation de chaque scène et chaque image silencieuses seront davantage critiquées ou applaudies car il n’y a pas de dialogue ou de musique pour dicter la façon dont le spectateur doit penser.

Sands (Fassbender) en grève de la faim.

Pour moi, j‘apprécie que l’image prend plus de place que les dialogues, devenant un personnage important du film mais permettant aussi au spectateur de tirer ses propres conclusions par rapport à la signification d’une scène dans l’histoire. Le cinéma est un de ces médiums où le spectacteur peut facilement se laisser emporter par l’histoire, sans réfléchir, si tel est son choix. Par contre, les films de McQueen ne permettent pas cela. Les images sans paroles, sans trame sonore, forcent le spectateur à interpréter la situation, à observer les menus détails de l’image, et ce n’est pas toujours facile à avaler, croyez-moi! Lorsqu’un jeune prisonnier arrive dans sa cellule, nous ne faisons que l’entendre respirer fort, par nervosité, pour ensuite suivre son regard parcourant lentement la cellule sale d’excréments répandus sur les murs, de nourriture jettée dans un coin, d’urine accumulée dans un autre. Si une musique avait été présente, celle-ci aurait pu adoucir la grossièreté de la situation, mais McQueen ne choisit pas de faire les choses comme ça. Le réalisateur veut que nous vivions les choses telles qu’elles ont été vécues pour ces prisonniers. J’admire cette vision artistique, mais il va sans dire que McQueen ne s’efforce pas à accéder à un grand public avec ses films, malgré des critiques élogieuses. Quoique les choses peuvent changer… son prochain film “Twelve Years a Slave” le réunira avec Fassbender, mais aura aussi pour vedettes Brad Pitt, Benedict Cumberbatch et Paul Giamatti. Le casting est intéressant et risque d’attirer un plus grand public, mais est-ce que McQueen compromettra sa vision d’auteur pour ce faire? Je doute que ce soit le cas, mais nous devrons attendre en 2013 pour le savoir! D’ici là, je lirai le livre!
LE MOT DE LA FIN: Une page d’histoire très intéressante, surtout pour son interprétation visuelle, même si choquante. Fassbender, toujours excellent, impressionne par les risques physiques qu’il prend dans ce film. À voir, mais pas pour les coeurs sensibles! Verdict? LOUEZ-LE TOUT DE SUITE!
DERNIERS DÉTAILS: “Hunger” (2008) réalisé par Steve McQueen, scénarisé par Enda Walsh et Steve McQueen, mettant en vedette Michael Fassbender, Liam Cunningham, et Stuart Graham.

3 thoughts on ““Hunger”

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