“C’est arrivé près de chez vous”

Aussi bien vous le dire tout de suite, ce film n’est pas pour tout le monde. Il peut choquer et déranger, l’humour y est très, très noir. Je préfère vous avertir de plein fouet car si vous décidez de voir ce film, il vaut mieux être préparé pour le comprendre et l’apprécier. J’étais contente de savoir dans quoi je m’embarquais car il y a des choses qui m’auraient probablement trop dérangé si j’avais juste assumé que ceci était une autre comédie de Benoît Poelvoorde dans le genre “Rien à déclarer” (très bon), “Les émotifs anonymes” (très bien) ou “Mon pire cauchemar” (très moche)!

J’ai choisi de regarder ce film pour diverses raisons : un des films préférés de Quentin Tarantino, mettant en vedette Poelvoorde (que j’adore!), ayant un statut de film culte belge, mélangé avec le hasard qui faisait en sorte que je tombais régulièrement sur un article sur le film sur X blogue ou le voir comme suggestion à Y club vidéo, et finalement parce qu’il a été recommandé par certaines personnes de mon entourage mais avec l’avertissement “tu n’aimeras peut-être pas”! Il était temps que je le vois!

Ben (Poelvoorde) est un tueur en série, tuant sans remords, pour gagner sa vie. Il est suivi par un groupe de journalistes qui font un documentaire sur lui. Ses victimes sont principalement des personnes âgées car ils cachent plus d’argent à la maison et sont plus faciles à tuer; ce sont des meurtres plus efficaces selon Ben! Charmant, cultivé, poète à ses heures, et même attachant, en dépit des crimes houleux et graphiques qu’il commet devant la caméra. Malgré la déchéance et la violence que créent Ben et, éventuellement, l’équipe de tournage, le charme de Ben opère à un point tel que je ne pouvais m’empêcher de continuer à regarder le film, je voulais savoir ce qui allait se produire et ce qui allait sortir de la bouche de Ben. Ses élucubrations sont fascinantes et hilarantes!

Ben (Benoît Poelvoorde) avec son outil de travail

Maintenant, mon comportement n’est-il pas un de voyeur? C’est un concept qui jongleait dans ma tête lors de mon visionnement du film. L’équipe de tournage représente nous, l’auditoire complaisant, qui ne fait qu’être voyeur, curieux de savoir ce que Ben concoctera de nouveau. Je ne pouvais que penser aux téléréalités de style “Cops” ou autres, souvent accusées de dramatiser et même exagérer la violence à cause de la conscience de la présence d’un auditoire, et qui sont diffusées depuis nombreuses années sans risque d’être annulés.

La violence est très graphique, amplifiée par le fait que le film est en noir est blanc. Tel qu’écrit plus tôt, ce film n’est pas pour tous. Un ami me disait n’avoir jamais vu autant de personnes quitter une salle de cinéma durant un film de toute sa vie. Il faut dire que le style documentaire “caméra à l’épaule” que prend le film fait en sorte qu’il accroche davantage la corde sensible de la réalité. À mon avis, cela a fait en sorte qu’une partie de l’auditoire n’a pu distinguer l’humour car le film avait l’air trop vrai.

Il y a une scène, par contre, qui était beaucoup trop dérangeante pour moi, soit la scène de viol. Même si le cheminement des personnages et de l’histoire nous amenaient vers le bas-fond du crime haineux qu’est le viol, j’étais incapable de trouver l’humour là-dedans. Le viol est un crime qui n’est pas assez pris au sérieux dans le système judiciaire québécois et canadien, et encore moins dans certains pays du monde, où il est même moqué; mon biais personnel m’empêchait de trouver cette scène drôle. C’était de trop! Il faut admirer l’audace de vouloir mettre ce type de scène dans une comédie, mais il y a des limites…

Heureusement, les réalisateurs ont intelligemment amené l’histoire vers quelque chose d’hyper léger tout de suite après cette déchéance grossière, le film a été sauvé à mes yeux.

Et c’est la grande force du film, l’habileté des réalisateurs/scénaristes de jongler efficacement entre l’indiscipline et la violence poussées au maximum et l’humour noir qu’un auditoire mature peut apprécier. Même vingt ans après avoir été produit, ce film est toujours pertinent comme réflexion sur la violence et l’influence des médias.

C’est l’heure du Petit Grégory!

MES RÉPLIQUES PRÉFÉRÉES: Ben, parlant d’un immeuble à logements sociaux: “Qu’est-ce qui te choque la première fois que tu vois ça ? La première chose qui te saute aux yeux ? Les briques ! C’est les briques rouges ! Mais le rouge, c’est la couleur de quoi ? Le rouge, c’est la couleur du sang, le rouge, c’est la couleur des Indiens, c’est la couleur de la violence !”

“Je chiais la nuit, je chiais le jour, le chiais partout, je chiais toujours!” (C’est une chanson ;))

L’explication du cocktail le Petit Grégory: à entendre de la bouche de Ben!

Et il y en a tellement d’autres!

LE MOT DE LA FIN: L’audace et l’irrévérence de “C’est arrivé près de chez vous” font en sorte qu’on ne peut sortir ce film de sa tête. J’admire l’habileté des scénaristes/réalisateurs à constammer pousser les limites. Évidemment, le prix à payer est que l’auditoire en sera très limité, et c’est bien correct comme ça! Certains films sont faits pour plaire à tous, mais pas celui-ci! Verdict? Si vous appréciez l’humour très noir… LOUEZ-LE ABSOLUMENT (mais regardez-le lorsque les enfants seront couchés)!

DERNIERS DÉTAILS: “C’est arrivé près de chez vous” (1992) réalisé par Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, scénarisé par Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, Vincent Tazier, mettant en vedette Benoît Poelvoorde.

5 thoughts on ““C’est arrivé près de chez vous”

  1. “Pour un adulte, mettre trois fois le poids du corps.
    Pour un enfant, les os sont plus légers, mettre quatre fois le poids du corps.
    Pour un vieux, les os sont poreux alors il faut mettre cinq fois le poids du corps.
    Par contre, un nain, ça a les os lourds, alors une fois le poids du corps, ça suffit.”

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    • Haha!! Classique!! Il y a tellement de bonnes répliques!! Sans en enlever au scénario, si ce n’était du génie de Poelvoorde, je ne crois pas que le film aurait eu autant d’impact. La façon qu’il agit et dit chaque phrase, avec une confiance et un charisme que peu d’acteurs auraient dans leur premier rôle au cinéma… GÉNIAL!! Il était né pour faire ça, ça se voit et se sent dans chaque scène, c’est ce qui m’a gardé accroché!

      (You would think I was talking about Paul… but I wasn’t )

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      • Saviez-vous que Rémi Belvaux, exactement le Rémi de «Quelque soit le montant Rémi, je dis bien quelque soit le montant, Benoit y pourvoira !» s’est suicidé en 2006. Quelle tristesse ! Il fut l’un des quatres CRIMINELS a avoir offensé, d’une tarte à la crème au visage, Bill Gates lors de son passage à Bruxelle.

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        • Ah dommage! Les criminels de tarte à la crème sont mes préférés! Ce serait bien que ceux-ci sortent du placard en ce moment au Québec, ça revigorait la campagne électorale!!

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  2. Pingback: “Le grand soir” | WATTS AT THE MOVIES

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