“Rashomon”

Suite à la publication de ma critique de “Cours Lola cours”, un ami me suggéra le film japonais “Rashomon” puisqu’il est aussi en triptyque, soit racontant une même histoire en trois perspectives différentes. Si vous pensez que je vais vous parler d’un deuxième “Cours Lola cours”, détrompez-vous! Mis à part leur trame narrative atypique, les similarités s’arrêtent là. Classique de Akira Kurosawa sorti en 1950, “Rashomon” est à mille lieux du Berlin techno de la fin des années 90 de “Cours Lola cours”.

Petite parenthèse: mon visionnement de “Rashomon” s’est déroulée suite à mon  incapacité de voir deux autres film ce soir-là! Tout d’abord, j’étais sensée voir un film au Festival Fantasia, mais mes plans sont tombés à l’eau, par la suite, j’ai loué un DVD, mais mon ordinateur n’arrivait pas à le lire et mon lecteur était rangé dans une boîte car je déménageais quelques jours plus tard. En fouillant sur mon ordinateur, j’ai trouvé “Rashomon” et je me suis dit que les circonstances ont fait en sorte que je devais voir ce film à ce moment-là, et j’en suis très reconnaissante!

Dès le début du film, j’ai eu le sentiment d’être transportée dans un monde complètement différent de ce dont j’étais habituée au cinéma; un sentiment enivrant créant une belle dichotomie entre la réalité dans laquelle je me trouvais et le monde de “Rashomon” dans laquelle je me suis laissée embarquée. L’histoire est racontée en noir et blanc sous une pluie torrentielle, trois hommes (un prêtre, un bûcheron et un passant) prennent refuge sous le portillon de Rashomon.  Le prêtre (Minoru Chiaki) et le bûcheron (Takashi Shimura) racontent à tour de rôle au passant (Kichijirô Ueda) une histoire troublante dont ils ont été témoin, soit celle de la mort d’un samurai retrouvé dans les bois environnants; le prêtre aurait vu le samurai et son épouse se promener dans les bois quelques jours plus tôt, tandis que le bûcheron aurait trouvé le corps le lendemain. Leurs histoires nous mènent à connaître celle de Tajomaru (Toshiro Mifune), un célèbre bandit quelque peu fou qui revendique le meurtre du samurai et le viol de la femme, mais est-ce vraiment ce qui s’est passé? Les versions de la femme et de l’homme défunt (à travers un médium) le contredisent, en plus des versions du prêtre et du bûcheron…

Le passant, le bûcheron et le prêtre

Les histoires s’intercalent, se croisent, se complètent et se contredisent; la consistance narrative est assurée par le bûcheron et le prêtre, servant de narrateurs pour le passant, le personnage nous représentant. Ce qui marque du film est l’habileté de Kurosawa de nous faire embarquer complètement dans l’histoire, certainement parce qu’il prend le temps de nous amener dans celle-ci et parce qu’elle est terriblement humaine. Ça me rejoint à tout coup. Tout au long du film, nous sommes témoins des différentes versions des événements, mais nous ne savons ce qui s’est réellement produit qu’à la toute fin, du moins selon mon interprétation car cet aspect demeure ambigu. Sans vous en dévoiler plus, ce qu’on retient du film est comment l’humain peut être porté à mentir pour se protéger ou protéger ceux qu’il aime, ceci explique la pluralité des versions des faits dans “Rashomon”. Mais malgré cette frustration de voir l’humain agir de façon faible et vulnérable, on ne peut que s’y retrouver. Ce n’est qu’humain que de commettre des erreurs dont nous avons pleinement conscience sans vouloir les avouer…

Mon résumé demeure vague, j’en suis consciente; je ne souhaite pas raconter l’histoire en détail puisque le plaisir résidait dans mon manque de détails de celle-ci. J’ai pu apprécier davantage sa saveur et son lyrisme. “Rashomon” est une œuvre d’art, une œuvre qu’il faut regarder pour l’apprécier et le comprendre, car ce n’est pas uniquement par les dialogues que l’histoire est racontée, mais par les plans choisis (souvent rapprochés lors des différentes versions des événements du meurtre et du viol), par la température, les prestations, la pellicule en noir et blanc, les costumes, etc. Tous ces éléments convergent pour nous raconter harmonieusement une histoire que nous ne sommes pas prêts d’oublier! Tel un grand film!

Le bandit Tajomaru

PETIT TRUC PERTINENT : Ne vous en faites pas, nous ne voyons pas le viol. Je souhaitais rassurer ceux qui voudraient voir le film mais qui aurait eu des réserves à cause de cela. Vous n’avez pas à vous inquiéter, le viol est sous-entendu et non vu.

LE MOT DE LA FIN: Une œuvre d’art à admirer et qui nous fait réfléchir, je ne pouvais qu’adorer, “Rashomon” rentrait dans mes cordes! Un grand merci à mon ami Pascal pour la suggestion! Il faudra que je visionne d’autres films de Akira Kurosawa, ma curiosité est vivement piquée! Je rêve du moment où j’aurai le temps de revoir ce film… *soupir*!! Verdict? LOUEZ-LE TOUT DE SUITE!

DERNIERS DÉTAILS: “Rashomon” (1950) réalisé par Akira Kurosawa, scénarisé par Akira Kurosawa et Shinobu Hashimoto, mettant en vedette Toshiro Mifune, Masayuki Mori, Machiko Kyo, Takashi Shimura, Minoru Chiaki.

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