“Finissant(e)s”

“Est-ce qu’un film doit donner le sentiment au spectateur d’avoir atteint un objectif?”, c’est la question qui m’a hanté suite à mon visionnement de “Finissant(e)s”, le dernier film de Rafaël Ouellet.

affiche_finissantes rafael ouellet

Dans un style docu-fiction, Ouellet nous fait suivre des jeunes finissants de l’école secondaire de Dégelis, un village du Bas Saint-Laurent. La réalité de ces jeunes est tout autre que les adolescents d’une grande ville; les jeunes de Dégelis doivent quitter leur village natal s’ils veulent accéder à des études supérieures. Nous rencontrons plusieurs de ces jeunes à travers d’entrevues menées par Carla (Carla Turcotte), et découvrons qu’ils partent tous pour Québec ou Rimouski. Malgré le titre du film qui laisse entendre que nous en apprendrons davantage sur ces jeunes, l’emphase est plutôt mise sur Carla, qui quittera Dégelis à la fin de l’été pour Montréal.

“Finissant(e)s” m’a laissé sur ma faim. Il y avait un grand manque de cohésion à travers le film. Les premières images du film sont d’une cérémonie des finissants de l’école secondaire de Dégelis; nous voyons en rafale des plans rapprochés sur chacun des étudiants, laissant entendre que l’emphase du film sera sur l’ensemble des finissants. Nous suivons ensuite une partie de ce groupe d’étudiants alors qu’ils font la fête et qu’un des leurs meurt suite à un accident automobile. Ils font le deuil en groupe et, tout d’un coup, c’est comme si rien ne s’était passé! L’emphase est soudain mise sur Carla et ce qu’elle fait pour s’occuper durant son dernier été à Dégelis. Je n’ai pas senti de fermeture, au niveau du film, par rapport au décès de l’adolescent. C’était incompréhensible et frustrant.

Carla (Carla Turcotte)

Carla (Carla Turcotte), à droite.

Au courant du film, il y a d’autres “trous” à l’histoire faisant en sorte que le film était très éparpillé au niveau narratif et donnait un sentiment de manque de direction. Il aurait été intéressant de suivre plusieurs jeunes et leurs histoires au lieu de simplement Carla, passant la majorité du film à flâner et faire des activités avec ses amis. Si les conversations de Carla avaient plus de profondeur, le film m’aurait paru plus pertinent. Hélas, ce n’est que vers la fin, quand le détachement du spectateur est entamé, qu’une introspection se fait dans une conversation qu’entretient Carla avec sa meilleure amie.

Pour répondre à ma question du début, je peux respecter que ce film voulait, peut-être, simplement être un bref coup d’œil sur la vie des jeunes de Dégelis suite à avoir terminé leurs études secondaires. Par contre, je ne comprends pas que le film navigue entre le groupe d’amis, pour ensuite créer une scission illogique suite au décès d’un des jeunes en mettant l’emphase simplement sur Carla. De plus, vers la fin, serait-ce pour y remédier, nous voyons des parcelles du vécu des autres jeunes, dont on se souvient plus ou moins des noms ou des visages pour les avoir mis de côté abruptement au début du film. Enfin, c’est dommage car le film aurait pu être beaucoup plus. Il aurait pu être une voix pour les jeunes vivants en région, frustrés par le manque d’opportunités et le devoir de quitter pour accéder à des études. Hélas, ce n’est guère le cas…

Petit côté positif, j’ai beaucoup apprécié la musique du film de Man on Ocean. Elle se mariait parfaitement au film.

LE MOT DE LA FIN : Un film manquant de cohésion et de direction, voulant raconter tellement mais n’arrivant pas à dévoiler beaucoup. Dommage, je voulais tellement aimer ce film, moi qui ai adoré “Camion” le précédent opus de Ouellet. Reste que je donnerai tout de même une chance à son prochain film!  Verdict? ATTENDEZ LE DVD car tout fan de Rafaël Ouellet qui se respecte se doit d’au moins voir le film🙂

DERNIERS DÉTAILS : “Finissant(e)s” scénarisé et réalisé par Rafaël Ouellet, mettant en vedette Carla Turcotte.

4 thoughts on ““Finissant(e)s”

  1. J’écoutais dernièrment à la radio des commentaires sur certains cinéastes cryptiques …qui semblent faire des films plus pour eux mêmes. un peu l’image de l’écrivain qui écrit sans penser à un public plus pour un effet miroir,….se voir à travers leurs oeuvres!…ton billet me fait réfléchir sur ça!…la création artitisque doit elle être toujours explicite pour le public? répond t elle à un devoir de cohérence, de logique? d’un autre coté une oeuvre destinée seulement et uniquement à être visionner, peut elle ignorer son public et ses attentes/besoins???? et de revenir au source du cinéma, art populaire qui échappe de plus en plus à la populace au profit d’une élite intellectuelle. bref…en lisant ton billet je me suis dit parfois …je critique un peu trop les préférences cinématographique de l’homme que je qualifie de linéaire avec plus de forme que de fond…sasn réaliser que du même coup je m’éloigne du cinéma…le vrai celui qui répond à tous…un art populaire dans tous les sens du terme!
    Je dirais pour finir que Finissant se retrouve dans ce charabia que j’ai écrit….tu finis le fim en te posant des questions mais forcément les bonnes!
    Non ????

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  2. Vous posez de grandes questions Madame Mafa!! En fait, comme en littérature et toute autre forme d’art, il faut un mélange de tout pour plaire à tous. Il “faut” (hélas!) des “Fifty Shades of Grey” pour renflouer les coffres des maisons d’éditions, mais il faut aussi du Saramago, Auster, etc.”Fifty Shades” sert à payer les risques, les choix d’auteurs inconnus et d’histoire difficiles à vendre! Enfin, j’adore que le cinéma peut créer un questionnement comme vous le faites ici: est-ce que Ouellet faisait ce film pour lui? Pour partager la réalité de son Dégelis natal? Ou était-ce vraiment pour partager avec un public… mais qui ne saisirait pas forcément? Seul lui le sait! J’aurais tendance à croire que son intention était de partager cette histoire avec un auditoire (si tu voyais “Camion”, tu serais d’accord qu’il sait comment raconter une histoire), mais qu’il n’a pas su bien l’exploiter! Il y avait beaucoup de potentiel avec “Finissant(e)s”, comme je le mentionne dans ma critique, mais le manque de direction faisait que tout propos n’a pas su capter mon attention… dommage…

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