“12 Years a Slave”

Plus de six semaines après le visionnement de “12 Years a Slave”, je suis finalement en mesure de publier ma critique. Elle fut difficile à rédiger, principalement car j’eus de la difficulté à dissocier ma perception du livre par rapport au film; malgré mes efforts, l’ombre du livre était toujours présente dans mon esprit lors du visionnement. Je ne prétends pas être critique de film, ma perception est celle d’une cinéphile qui a énormément apprécié le livre, d’où ma difficulté avec l’écriture de cette critique.

12-Years-a-Slave-Movie-Poster

Synopsis pris de mon article sur le livre:

« Twelve Years a Slave » est l’autobiographie de Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor), un homme noir libre de New York ayant été kidnappé et vendu en esclavage dans le sud des États-Unis en 1841, plus précisément en Louisiane, avant sa libération éventuelle douze ans plus tard. Le livre m’a ouvert les yeux sur le commerce illégal de vente d’hommes noirs libres en esclavage dans les états du Nord, où nombreux noirs libres furent trompés par des blancs voulant se faire de l’argent rapidement. Northup, marié et père de trois enfants, vivait et travaillait principalement dans la région de Saratoga Springs, mais puisqu’il était un violoniste accompli, il se faisait parfois sollicité pour jouer dans des hôtels ou résidences de familles aisées lors de grandes fêtes.  C’est justement à cause de son talent pour le violon que Northup accepta un contrat offert par un (faux) cirque voyageur question de se faire un peu d’argent pendant l’hiver avant de pouvoir reprendre son travail dans la construction des chemins de fer au printemps. Hélas, il ne savait pas que ce contrat aller l’amener beaucoup plus loin que le Washington DC promis. Et donc, pendant douze ans, Northup travaillât pour différents maîtres, dont le terrible Edwin Epps (Michael Fassbender), avant que l’aide d’un bon samaritain, un menuisier canadien du nom de Bass (Brad Pitt), l’aida à retrouver sa précieuse liberté.

Il va sans dire que ceci n’est pas un film « facile », mais le sujet est d’importance et mérite le traitement Steve McQueen ne cachant pas la violence et la froideur d’une société où les blancs avaient le contrôle sur les noirs. McQueen arrive à créer une ambiance de normalité, il n’y a pas de sensibilité moderne condamnant l’esclavage et je le chapeaute d’avoir réussi cet exploit. Certains plans sont effrayants par ce qu’ils démontrent… en silence. Nul ne peut oublier les cinq longues minutes du plan fixe où Northup est pendu à un arbre, pendant que ses amis esclaves continuent à exécuter leurs tâches; sans même dire un mot, l’auditoire sait que ceci devait être la terrible réalité vécue par tous les esclaves.

Solomon Northup (Ejiofor) et sa famille durant des jours meilleurs

Solomon Northup (Ejiofor) et sa famille durant des jours meilleurs

Malgré cette sensibilité, j’ai quelques bémols à partager sur la réalisation de McQueen : pour toute excellente scène, comme celle décrite ci-haut, il y en avait d’autres qui ne m’ont guère plût. Les deux films précédents de McQueen, « Shame » et “Hunger” tournent autour d’un ou deux acteurs, ce qui n’est pas le cas de ce film, conséquemment, certains plans donnaient trop d’information, sans doute pour s’assurer de la continuité des nombreux personnages croissant le chemin de Northup durant ses douze années d’esclavage. McQueen m’a habituée à montrer peu, laissant l’auditoire deviner les motivations de ses personnages à travers ses images (ex: la relation entre le frère et la soeur dans “Shame”). Le surplus d’information de “12 years a slave” donne l’impression de vouloir rendre le film plus accessible, et le choix d’acteurs de catégorie “A” dans les nombreux rôles de soutien (Paul Giamatti, Benedict Cumberbatch, Brad Pitt, etc.) me confirme la donne! Ce n’est pas un énorme défaut, mais il est assez significatif pour me chicotter un peu…

Un autre bémol est ma difficulté à digérer l’adaptation d’une scène charnière du film, où Epps confronte Northup par rapport à une lettre de libération qu’il a écrite (l’encre et le papier sont impossible d’accès pour les esclaves mais Northup réussit, après plusieurs mois, à en acquérir). Cette scène des plus émouvantes à la lecture fut écourtée et mal utilisée dans le film, même mes partenaires de visionnement trouvaient que la scène ne tenait pas. Dans le livre, le dialogue entre Northup et Epps était riche, la conversation me gardait en haleine allant d’une confrontation tendue vers une conclusion quasi-comique, c’est une scène démontrant bien la difficulté que Northup avait à sortir de son enfer. Le film ne rendit pas justice à la richesse du dialogue du livre; s’il y avait une scène décevante, c’était bien celle-là!

Epps (Fassbender) terrorisant Northup (Ejiofor)...

Epps (Fassbender) terrorisant Northup (Ejiofor)…

Ce qui pénalise le plus un film adapté d’un livre, et ceci est nullement sa faute, est la durée drastiquement écourtée de la présence du film par rapport au livre dans notre vie; l’histoire et les personnages d’un livre prennent le temps de nous habiter et de faire partie de notre quotidien, les détails ont le temps de mijoter dans notre esprit. Le film, quant à lui, surtout pour celui ou celle ayant lu le livre et y mettant un attachement fort, rentre et sort en moins de cent vingt minutes, les chapitres oubliés nous peinent et la rupture se fait plus pénible. À mon avis, c’est ce qui fait en sorte que la majorité des gens tendent à dire “le livre était meilleur que le film”, une affirmation injuste puisque les deux médiums sont très différents. Il n’est pas réaliste d’avoir un film de cinq heures, les salles de cinéma seraient vides, il faut plutôt apprécier qu’un film puisse faire vivre les pages et les détails les plus pertinents, sans pénaliser l’esprit et le propos, en plus d’y apporter une dimension visuelle et des interprétations de répliques et de personnages que nous ne pouvions créer nous-même dans notre esprit. Il faut espérer que le film puisse faire cela, et dans le cas de “12 years”, malgré mes quelques réserves, arrive à faire vivre une sinistre page d’histoire des États-Unis, tout en respectant le point de vue, le contexte et l’époque ségrégative de la biographie de Northup.

​​Dans un autre ordre d’idées Michael Fassbender est époustouflant dans le rôle du terrible maître Edwin Epps, un alcoolique qui démontre des signes de troubles de santé mentale tellement sa colère et sa méchanceté sont sans bornes. Je louange Fassbender depuis quelques années, il sait s’immiscer dans n’importe quel rôle, nous fait oublier la vedette qu’il est devenu et n’a pas peur de jouer les détestables. Sa prestation est un exemple de comment le cinéma peut bonifier le personnage d’un livre. En lisant « Twelve Years a Slave », je sus que Epps fut un homme horrible, mais en visionnant « 12 Years a Slave », je vis et je sentis par le non verbal de Fassbender que sa méchanceté était beaucoup plus que ce que Epps démontre en action et paroles, il a un dédain complet pour sa vie et son mariage qu’il défoule sur les noirs qui lui appartiennent. À travers Fassbender, et le médium du cinéma, j’ai un portrait plus complet d’Epps, me permettant de comprendre sa lâcheté sans excuser son comportement dérangeant.

Paul Giamatti interprète Theophilus Freeman, un des propriétaires d'esclaves les plus riches en Amérique. You know me, I always have to put a picture of Paul! ;)

Paul Giamatti interprète Theophilus Freeman, un des propriétaires d’esclaves les plus riches en Amérique. You know me, I always have to put a picture of Paul!😉

SO OSCAR GEEK, WILL IT BE NOMINATED? À moins que vous ne viviez dans une grotte, il est su depuis TIFF en septembre que ce film se rendra jusqu’aux Oscars. Le voir est le comprendre! Voici les nombreuses catégories probables: Meilleur Film, Réalisateur, Scénario Adapté, Acteur (Ejiofor), Acteur de Soutien (Fassbender), Actrice de Soutien (Nyong’o), Costumes, Montage, Trame Sonore, Cinématographie… et il y en aura probablement plus révélés le 16 janvier!

LE MOT DE LA FIN: Peu importe si le film se rend jusqu’à la ligne d’arrivée aux Oscars, sa contribution la plus importante sera d’être utilisé comme outil éducatif pour comprendre l’horreur de cette triste page d’histoire américaine. Malgré ses quelques défauts, il vaut définitivement de votre temps ne serait-ce que pour cette unique raison. “12 Years a Slave” est un film important! Verdict? À VOIR ABSOLUMENT!

DERNIERS DÉTAILS: “12 Years a Slave” (2013) réalisé par Steve McQueen, scénarisé par John Ridley, basé sur l’autobiographie Twelve Years a Slave de Solomon Northup, mettant en vedette Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong’o, Sarah Paulson, Benedict Cumberbatch, Paul Dano, Brad Pitt, Paul Giamatti, et Alfre Woodard.

10 thoughts on ““12 Years a Slave”

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  8. White men with power trips and fucking human indecency. I am completely disgusted with our history. Was this a good movie? PROBABLY since my mind and body were tense with overwhelming emotions for 134 minutes.

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    • Ouf! Tu as eu toute une expérience de visionnement. J’aurais probablement réagit de façon similaire n’était-ce du fait que j’avais lu le livre précédemment. Peut-être lorsqu’on se verra la prochaine fois, le recul te permettra de répondre “certainly” au lieu de “probably”… remains to be seen… Sadly, this is just one chapter of an ongoing one of power trips and indecency throughout humanity, these are problems still endured by many in the world, though in different ways. Man is not kind to itself or its environment… Reste que, je crois toujours que ce film était nécessaire. La preuve est que McQueen et le studio New Regency offriront le film gratuitement, avec livre et guide d’étude dans des écoles secondaires publiques aux États-Unis.
      http://www.nytimes.com/2014/02/24/movies/12-years-a-slave-is-headed-to-schools.html?_r=0
      Merci de partager ton expérience Mélanie!

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