“Foxcatcher”

« Foxcatcher » est probablement le film le plus lourd de la filmographie de Bennett Miller, mais est néanmoins celui que j’aime le plus du réalisateur. Je suis à un point dans ma vie de cinéphile où je reconnais et apprécie davantage le travail derrière une œuvre, « Foxcatcher » est un travail minutieux d’une magnifique poésie visuelle comme peu osent faire. Il n’y a donc rien d’étonnant à la nomination « surprise » de Miller dans la catégorie du Meilleur Réalisateur aux Oscars… et de son omission dans la catégorie Meilleur Film!

foxcatcher-poster-with-carell-tatum-and-ruffalo

Synopsis de Cinoche.com

« [Inspiré de faits vécus.] Dans les années 1980, David Schultz (Mark Ruffalo) et son frère Mark (Channing Tatum) sont des champions du monde [et médaillés d’or olympique]  de lutte. Le multimillionnaire John du Pont (Steve Carell) les invite alors à son gymnase personnel ultramoderne afin qu’ils s’entraînent sous sa gouverne avec son équipe, les Foxcatcher, en vue des Jeux olympiques de Séoul en 1988. Mark accepte l’offre immédiatement, y voyant l’opportunité de s’améliorer et d’enfin sortir de l’ombre de son grand frère. David, pour sa part, refuse d’abord la proposition de du Pont, puis finit par céder à ses avances. Malheureusement, John du Pont a une personnalité instable et son désir d’être enfin respecté par ses pairs et par sa vieille mère (Vanessa Redgrave) l’aveugle. »

Voici un film très atmosphérique, qui prend le temps de mijoter et nous faire entrer dans l’univers des personnages. Typiquement Miller, vous direz, mais dans le contexte de protagonistes qui sont des lutteurs, où la physicalité prend le dessus du reste, voir Mark et Dave s’entraîner et se combattre est nécessaire pour nous faire comprendre qui ils sont, individuellement et l’un pour l’autre. Mark, le plus vulnérable et réservé des deux, se perd dans sa physicalité pour s’exprimer, ce qui pourrait expliquer pourquoi il se laisse facilement emporter par la vague Du Pont au début, tout en voulant s’y éloigner le plus vite possible lorsque son frère arrive chez le multimillionnaire pour s’entraîner, sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi… Son non-verbal crie, mais ce ne sera jamais aussi fort que des paroles. Dave est tout le contraire, il porte le rôle du grand frère à cœur, s’assurant toujours du bien être de son frère, mais démontrant néanmoins un désir d’affection et d’appréciation de celui-ci. Une co-dépendance qui se comprend, mais qui trouble.

La réalité des lutteurs olympiques est que malgré des médailles d’or, les opportunités de commandites n’affluent pas. Je comprends la bénédiction que représente John Du Pont pour les frères Schultz, et qu’ils ont dû souvent fermer les yeux face à ses comportements imprévisibles, question de ne pas brimer la chance qu’ils avaient. Malheureusement, cet aveuglement coutera très cher…

The beginning of an unhealthy relationship...

The beginning of an unhealthy relationship…

Je suis encore éberluée par la troublante prestation de Steve Carell en John E. Du Pont. Méconnaissable par son maquillage mais aussi par sa façon de bouger et parler, Carell est terrifiant dans ce rôle d’homme très troublé psychologiquement qui veut simplement être aimé et accepté, en tentant maladroitement d’y arriver à travers les moyens financiers dont il bénéficie. Je suis contente de le voir prendre un tel rôle! Mais quelle évolution d’acteur depuis « The 40 Year Old Virgin » et “The Daily Show with Jon Stewart”… Ruffalo et Tatum sont aussi superbes dans les rôles des frères co-dépendants, leur chimie fraternelle est très réaliste, leur transformation en tant que lutteurs olympiques magistrale.

Malgré la lourdeur, j’ai adoré être plongée dans ce triste et troublant univers, même si j’avoue ne pas être certaine de pouvoir le revisiter un jour. La direction photo de Greig Fraser a des tons doux de gris et vert qui nous réchauffent malgré la froideur de l’histoire et de certains personnages. Le scénario laisse souvent planer le doute, mettant de l’avant l’image avant les paroles. Mais la grande part de qualité réside dans ce que Bennett Miller a su créé, un film sur le malaise d’un homme qui a tous les moyens d’être heureux mais ne l’est pas, dont la santé mentale décline tranquillement mais pour lequel son entourage n’arrive pas (ne souhaite pas?) l’aider, ce qui aura les tristes conséquences vues dans le film… Bref, ce film représente – selon moi – les choix que nous faisons en fermant les yeux à la réalité car les bienfaits (temporaires) sont alléchants, mais les conséquences de ces choix n’en valent pas la peine…

LE MOT DE LA FIN : Un film qui ne sera pas pour tous, mais somptueux à la vue et dans sa mise en scène et interprétation. Pénible mais beau, qui vous hantera certainement… à vous de juger si c’est pour vous! Verdict? 9/10

DERNIERS DÉTAILS : « Foxcatcher » (2014) réalisé par Bennett Miller, scénarisé par Dan Futterman et E. Max Frye, mettant en vedette Steve Carell, Channing Tatum, Mark Ruffalo, Vanessa Redgrave et Sienna Miller.

Et pour rire un peu, voici une fausse affiche que j’ai trouvée!😉

 

3 thoughts on ““Foxcatcher”

  1. C’est un film avec un non verbal écrasant. Je crois que l’atmosphère lourde, oppressante s’accentue avec les épaules voûtées de Channing.

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    • Ah oui! Il faut savoir savourer le non-verbal dans le cinéma et l’art derrière le poids de l’histoire pour apprécier le film… et dire que tout ceci est vraiment arrivé!:/

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  2. Pingback: Oscars 2015: les nommés sont… | WATTS AT THE MOVIES

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